Merveilleux ~ Scientifique : liaisons expérimentales Deuxième journée de rencontre art et recherche

Adossée à l’atelier de recherche et de création Les rêves du Sphinx porté par Mathieu Kleyebe Abonnenc et Lila Neutre, cette journée propose d’explorer les zones de frottement entre merveilleux et scientifique, savoirs et croyances, à travers des pratiques artistiques et théoriques qui questionnent la manière dont la science peut produire de l’imaginaire et le merveilleux des formes de connaissance. Loin de toute opposition binaire entre savoir et superstition, la journée invite à reconnaître que le merveilleux n’est pas l’envers du scientifique, mais un vecteur possible de questionnements, un outil de décentrement, un moteur de découvertes et donc de recherche.

Alors que la connaissance occidentale contemporaine semble s’incarner dans des dispositifs technologiques de mesure, de calcul et de visualisation toujours plus performants, il semble nécessaire (voire urgent) de repenser notre rapport à l’expérience, aux savoirs situés, aux technologies et aux imaginaires. Les travaux des artistes et chercheur·euses invité·es naviguent entre observation et divination, entre analyse et poésie, rationalité et magie. Plutôt que d’opposer ces termes, ils et elles envisagent des alliances, des liaisons expérimentales qui esquissent de nouvelles épistémologies et permettent de considérer le merveilleux comme un outil critique et heuristique. 

La journée s’articule autour d’échanges en duo qui permettront de débattre des manières singulières ou collectives de lire les images, les corps, le ciel… c’est-à-dire le monde. 

Cette journée constitue la deuxième d’un cycle de rencontres consacrées à la recherche-création organisée à l’École supérieure des beaux-arts de Nîmes. Elle s’inscrit au sein du programme GARDENER (porté conjointement par l’Esban, Nîmes Université et le CHU) qui favorise des collaborations interdisciplinaires entre artistes, chercheur·euses et partenaires du territoire autour de la notion de vulnérabilité et de nouvelles formes de production et de partage des savoirs.

Ce nouveau rendez-vous, qui se déroulera en deux temps entre les printemps 2026 et 2027, questionnera conjointement la raison et l’enchantement, le protocole et la magie, l’art et la recherche.

Programme 

10h-12h30 | Voir-savoir : images et oracles
avec Laura Lafon Cadilhac et Ariane Temkine

Laura Lafon Cadilhac et Ariane Temkine ouvriront la rencontre par une discussion à la croisée de la cartomancie, de la culture visuelle et de la pratique artistique. À partir du dispositif Présage Tirage Mirage et d’une pratique du Tarot de Marseille, elles proposent une expérience de tirage qui servira de point d’appui à une discussion sur la polysémie des images et les régimes d’interprétation qu’elles mobilisent. Entre lecture, projection et interprétation, cette mise en dialogue explorera la manière dont les formes visuelles (photographiques ou symboliques) peuvent devenir des surfaces d’activation du sens. Leur échange sera suivi de lectures individuelles réalisées avec le public.Il s’agira alors d’activer les jeux d’images et de mettre en jeu nos capacités à faire émerger des paroles situées et expérientielles.

14h -16h30 | Lire-sentir le ciel : cosmos et imaginaires
avec Enguerrand Lascols et Guillaume Pascale

En mêlant histoire socio-culturelle, histoire de l’art et création sonore, Enguerrand Lascols et Guillaume Pascale partageront leurs perspectives sur le cosmos. À partir de leur démarche et expérience singulière (commissaire de l’exposition Lire le ciel : Sous les étoiles en Méditerranée pour l’un, artiste-chercheur pour l’autre), ils discuteront de la manière dont les sciences, les arts, mais aussi les rites et croyances populaires interrogent notre lien au ciel, entre représentations et expériences sensibles. Leur rencontre sera suivie d’une performance et d’un temps d’écoute collective.

17h-18h | Convergence 44/3: Rencontrer et restituer
avec Frédéric Gleyze, Jonathan Mourglia Katia B., Angèle Peltier, Louise Brunel, Charlie Solé-Laroche

Le projet Convergence 44/3 explore les interactions entre environnement, climat et territoire à travers une approche sensible et située. Pendant plusieurs séjours et saisons, un petit groupe d’étudiant·es accompagné·es de Frédéric Gleyze, Jonathan Mourglia (enseignants à l’ésban) et Guillaume Pascale, ont travaillé sur le Mont Aigoual. Ensemble, ils et elles ont arpenté ce lieu singulier et observé son ciel depuis un climatographe. Ils et elles ont écrit, photographié, filmé… Ce troisième temps de liaison est dédié à leurs paroles et récits d’expériences. Il pourra permettre de discuter des multiples enjeux du territoire gardois et de ses vulnérabilités.

Biographie des invité·es 

Auteur d’oeuvres audiovisuelles, à l’Agessa depuis 2006, Frédéric Gleyze débute sa carrière dans l’audiovisuel en 1990, à l’époque des premières télévisions locales. Grâce à une grande polyvalence, il exerce de nombreux métiers techniques et créatifs, allant de machiniste à réalisateur. Après une certification en prise de vue sous-marine en 1993, il travaille pendant vingt ans dans le secteur privé sur des projets variés (prises de vue aériennes et sous-marines, montage, animation, etc.). Parallèlement, il devient formateur en nouvelles technologies et rejoint l’ésban en 2000 en tant qu’assistant d’enseignement vidéo. 

Jonathan Mourglia est technicien en charge du laboratoire de photographie argentique de l’École supérieure des beaux-arts de Nîmes, et artiste photographe. Son travail photographique se porte sur les territoires de montagne entre la France et l’Italie. Par une observation au long cours, il témoigne des vulnérabilités de ces espaces, de la manière de les considérer et de les habiter. 

Photographe des histoires intimes et des rituels quotidiens, Laura Lafon Cadilhac utilise son médium comme un jeu permettant de transgresser la place qui nous a été donnée. Sa démarche repose sur la rencontre et l’écoute (formes essentielles d’attention politique) et imagine la photographie comme un espace de pouvoir capable de représenter de nouvelles visions du monde. Les études culturelles et les études de genre façonnent son regard photographique. Depuis 2020, elle est également la directrice de la photographie de Gaze, revue papier indépendante qui célèbre les regards féminins. 

Enguerrand Lascols est historien de l’art et conservateur du patrimoine au Mucem. Ses recherches portent sur les théories de l’histoire de l’art et du patrimoine durant les années 1930. Il a été co-commissaire des expositions Même pas vrai ! (2022), Au Salon des arts ménagers (2023), ainsi que du parcours permanent du musée : Méditerranées. Inventions et représentations (2024). Il s’intéresse également aux liens entre les enjeux environnementaux et la création artistique, ce qui l’a conduit à être co-commissaire de l’exposition Lire le ciel. Sous les étoiles en Méditerranée (2025) et Clément Cogitore : Ferdinandea, l’île éphémère (2026). 

Guillaume Pascale est artiste‑chercheur, doctorant en étude et pratique des arts à l’UQAM. Son travail explore la manière dont les images et les dispositifs numériques reconfigurent notre rapport à l’espace, au temps et à la matière. Sa thèse de recherche-création mêle production sonore et réflexion théorique pour créer de nouveaux imaginaires spatiaux. 

Ariane Temkine est chercheuse en études culturelles, docteure de l’EHESS. Ses travaux s’intéressent à la culture visuelle et aux théories de la fiction, en analysant notamment la manière dont les questions de genre et de race traversent les images, en particulier dans le cinéma d’animation. Parallèlement à ces activités pédagogiques et de recherche, elle développe une pratique de cartomancie et de transmission du tarot. Elle enseigne à Aix-Marseille Université.

Vitrine du Musée du Vieux Nîmes | Nous sommes au moins trente mille dans cette nuit | Vernissage et exposition