Des mémoires insulaires en marche : entre résistance et normalisation des récits subalternes
Mardi 17 février à 18h00 – Salle de conférence de l’ésban
Conférence dans le cadre de l’Atelier de Recherche et de Création Les rêves du Sphinx — Processions
La conférence portera sur les relations possibles entre photographie et mémoire minoritaire (ou mémoire subalterne) à partir de deux séries de photographies contemporaines réalisées dans le pourtour méditerranéen :
— la série “Binidittu” (2017-2020) qui revisite la mémoire de Saint Benoît le Maure à travers ses réappropriations actuelles en Sicile
— la série “Brigantinas” (2024-2025) consacrée aux imaginaires mémoriels et identitaires de la Sardaigne, inscrites dans des pratiques culturelles et religieuses telles que la Festa de Saint’Efisio.
Dans ces deux cas, la procession fonctionne comme un dispositif central de mise en mémoire, de construction identitaire et/ou de patrimonialisation.
Nicola Lo Calzo propose une lecture critique de ces dynamiques afin d’interroger la manière dont la pratique photographique peut éclairer ces processus, en mettant en évidence leurs tensions et leurs contradictions.
L’Atelier de Recherche et de Création Les rêves du Sphinx — Processions propose aux étudiant·es de l’école d’explorer, à travers une pratique étendue de l’image (photographie, installation, création sonore, performance), la polysémie du terme « procession ». Le mot désigne le déploiement d’une communauté d’individus dans l’espace public, de sa fonction rituelle à sa dimension contestataire en passant par des formes festives ou carnavalesques. L’ARC s’intéresse à la manière dont la procession peut permettre de penser les usages de l’espace partagé, la visibilité des corps, la circulation des imaginaires, la suspension des normes et de l’ordre établi… L’ARC se donne pour objectif de mettre en résonance ces différentes dimensions : rituelles, politiques et festives en invitant les étudiant·es à interroger par la recherche-création ce que la procession peut dire de nos présents : la manière dont elle organise la visibilité des luttes, dont elle invente et matérialise des formes de communauté, dont elle ouvre des espaces de joie et de résistance.
En parallèle de ce travail pédagogique, l’ésban ouvre ses portes à tous et toutes pour ce temps de rencontre avec Nicola Lo Calzo.
ARC conçu et mené par Lila Neutre et Mathieu Kleyebe Abonnenc, artistes, chercheur·euses et enseignant·es à l’ésban.
Nicola Lo Calzo est un photographe, chercheur et commissaire d’exposition italien basé à Paris. Docteur en arts (CY-ENSAPC), sa pratique se développe à la croisée de la photographie, de la recherche historique et de la pensée critique. Il explore les questions de mémoire, d’identité et les survivances du colonialisme. Ses projets au long cours s’attachent aux manières dont les communautés subalternes préservent et transmettent leur mémoire face à la marginalisation et aux operations historiques d’effacement du passé. Les perspectives queer et dissidentes constituent l’ossature de son travail, qui se construit lentement à travers des recherches de terrain et des collaborations avec des artistes, chercheur·euses et communautés locales. Ses projets ont été exposés à l’international et publiés dans des médias majeurs tels que The New York Times, The Guardian, The New Yorker, Le Monde, Libération, Internazionale et National Geographic.
© Nicola Lo Calzo, de la série “Binidittu”, San Fratello, 2018. Les porteurs de la châsse de Benoît, lors de la veillée de la procession qui a lieu chaque année en septembre à San Fratello, lieu de naissance de Benoît en 1524.

de la procession qui a lieu chaque année en septembre à San Fratello, lieu de naissance de Benoît en 1524.