Forms Of Vacuity

20.05.2123.09.21

La recherche d’une peinture adaptée au visible contemporain est au coeur du travail de Thomas Gasquet. Comment peindre, quand chaque image est prise dans un défilement, un flux continu ? Les volumes de Léo Schweiger s’intéressent quant à eux à la survivance et au reste, autant qu’au processus d’érosion et de fragmentation. Les formes produites par ces deux artistes rappellent aussi bien les épures du modernisme que les artefacts archéologiques. Tous deux diplômés de l’ésban en 2019, ils ont choisi pour cette exposition de croiser leurs pratiques autour des thèmes de l’effacement, du vestige et du fragment.

(c) Thomas Gasquet / Léo Schweiger

Effacement, érosion, dissolution, fragmentation… Toute forme est travaillée par des phénomènes qui la dégradent peu à peu, l’entraînent dans une chute vers la poussière ou un retour vers le blanc. Chacune ne peut être vue que comme une configuration momentanée ; le reste d’un processus de
création, déjà une relique venue trop tard, ou le lieu de transformations à venir. Le visuel est transitoire. Les pratiques artistiques de Thomas Gasquet et Léo Schweiger se placent dans ce chiasme entre génération et disparition.

Ruines d’anticipation

Le moulage est le geste central de la pratique de Léo Schweiger. Il y sert à la fois à conserver et à produire de nouvelles formes. Renfermant parfois des fragments de son original détruit, le plâtre blanc du moulage se fait alors fantôme et prothèse. Empruntant à la fois à l’architecture moderne et
à l’archéologie leurs langages, ses oeuvres semblent tout juste exhumées d’un lointain futur, comme les ruines de monuments encore à venir.

Effacement du tableau

La peinture de Thomas Gasquet cherche à se positionner à la frontière de l’effacement. Si toute image doit accepter son effacement ou son remplacement prochain, quelles sont les dernières formes au tableau, les dernières traces survivantes ? Il s’agit alors de rechercher ce qui peut vivre
sur des surfaces effaçables, quel écosystème de formes et de couleur endure le mieux sa disparition prochaine. Les fonds fantomatiques de couleur diffuse et les lignes inspirées de l’animation y apparaissent tout naturellement.

L’exploration des survivances

« En croisant nos pratiques pour cette exposition, nous voulons explorer ces phénomènes de survivances. Étapes intermédiaires dans un processus, les formes que nous proposons n’existent que dans la tension permanente entre la résistance qu’elles opposent à leur disparition complète, et
l’acceptation de celle-ci. Chacune est marquée par le vide, et se tient constamment au bord de l’abîme. Car c’est entre les zones effacées d’un tableau, entre les écarts de couleur des plâtres et des murs, dans les interstices et les manques que se jouent les devenirs subtils de ce qui est maintenant forme, et bientôt poussière ».

Éléments biographiques
Thomas Gasquet est né à Aix-en-Provence ; il vit et travaille à Roubaix.
Léo Schweiger est né à Nîmes où il vit et travaille.
Tous deux ont obtenu leurs DNSEP à l’École Supérieure des beaux-arts de Nîmes en 2019.

Rencontres Critiques #94